23 mars 2012
22 mars 2012
Qui sème le vent récolte le tempo
Bientôt 2 ans que tu me connais, je n'ai pas la prétention de te connaître, ceci est la cause de ma désolation.
2 ans ou chaque matinée est ponctuée par le salut a la concierge, l'endroit précis ou je peux me mettre a courir pour avoir mon tram, le p'tit mec qui me distribue le journal a la bouche du métro.
2 ans que je bats tes pavés, arpente tes sentiers, te parcours de long en large sans jamais parvenir a te saisir, tu es comme une poupée russe, a mes yeux tu te renouvelles a l'infini.
Si je devais utiliser qu'une seule métaphore pour qualifier notre relation, je prendrais celle de l'homme et de la putain. Ton nom est doux, court, simple, facile, une syllabe et c'est du miel, il pue la sympathie, il s’accroche facilement a toute les bouches, tout le monde l'emploie a tort et a travers et par tout les orifices.
Il n'y a qu'a voir ta première lettre, c'est la sensualité même. La seule dont la prononciation astreint la langue a toute un tas de minauderies pour finalement venir humecter faiblement le palais et s'échouer sur les incisives.
L'homme et la putain, mais c'est toi qui me cogne et c'est moi qui en fait les frais.
L'homme et la putain d'un bon vieux roman russe Dostoïevski,Sweig,ou alors un Zola, c'est Paquita Valdès, la Vellini, Gervaise, Nana et tant d'autres..L'homme aisé qui aime la putain des rues qui ne l'aime pas, un grand classique.
Cessons de psalmodier sur l'ouverture de tes cuisses, attardons nous sur ta parure, tapageuse certes mais pleine de charme, dans tes filets même les brutes dans mon genre s'y sont laissés prendre.
Au premier abord, Un centre, une place.
La plus grande d’Europe, y trône Louis 14, le roi soleil, enfourchant son destrier. Rien que ça.
Des grandes rues, larges et longues et lancinantes, bien bondées.
Des riches, des pauvres, des très pauvres, des moyens riches, il paraît que nous appartenons au même genre, alors que nous distinguons une quinzaine de sous espèce de requins.
Tes atouts de vielle France, qui te donne «du cachet», tes petits bouchons par la, tes quenelles, ton saint Marcellin, ta cervelle de canuts, œuf meurettes, grattons, tablier de sapeur, charcuterie par ici. Maniement des tripes et des couteaux avec aisance.
« Charme », c'est le premier mot qui revient quand on me parle de toi, et « déception » le deuxième
Tu es double, la presqu'île, presque indépendante mais toujours liée. Bien qu'en réalité tu sois multiple.
13 mars 2012
10 mars 2012
La part de l'autre
"C’est étrange, l’amitié. Alors qu’en amour, on parle d’amour, entre vrais amis on ne parle pas d’amitié. L’amitié, on la fait sans la nommer ni la commenter. C’est fort et silencieux. C’est pudique. C’est viril. C’est le romantisme des hommes. Elle doit être beaucoup plus profonde et solide que l’amour pour qu’on ne la disperse pas sottement en mots, en déclarations, en poèmes, en lettres. Elle doit être beaucoup plus satisfaisante que le sexe puisqu’elle ne se confond pas avec le plaisir et les démangeaisons de peau.
Chaque fois que je vous voyais plus vulnérables, je vous aimais davantage. C’est injuste, n’est-ce pas ? L’homme et la femme ne s’aimeront jamais aussi authentiquement que deux amis parce que leur relation est pourrie par la séduction. Ils jouent un rôle. Pire, ils cherchent chacun le beau rôle. Théâtre. Comédie. Mensonge. Il n’y a pas de sécurité en amour car chacun pense qu’il doit dissimuler, qu’il ne peut être aimé tel qu’il est. Apparence. Fausse façade. Un grand amour, c’est un mensonge réussi et constamment renouvelé. Une amitié, c’est une vérité qui s’impose. L’amitié est nue, l’amour fardé."
6 mars 2012
26 février 2012
20 février 2012
Musée des Beaux arts de Lyon, 12h 35, 2e étage, aile B, banc peu confortable.
C'est en ces lieux que je viens chercher le peu de sérénité qu'il m'est permis d'obtenir. 12H35, migration pendulaire, pas un chat, pas le fait du hasard. Horaire ou ni les groupes scolaires comprenant leur lot de paresseux et d'infatigables bambins, ni les touristes attraient par le prix du ticket viennent troubler le silence divin et si rare qu'on y trouve.
Et pourtant, le lieu en lui même, murs épurés, lumières tamisées, et avant tout la disposition des tableaux ne semblent agir sur ma personne. C'est le Piton de la fournaise qui gronde en moi.
Le banc est au centre, j'y suis assise et personne ne le partage avec moi. Il faut dire qu'il est tout a fait inconfortable bien qu'il ait du cachet en apparence.
A ma gauche, 3 « Courbet », dont un représentant un vieillard, celui du centre. Vers l'âge de 7 ans, j'ai le souvenir d'être restée de très longs moments en compagnie de mon frère devant « L'Hallali du cerf » au musée de Besançon, ce tableau nous fascinait. Ici la magie du peintre n'agit plus.
Pour l'heure, ces 3 œuvres restent a leurs places, moins de 10 mètres nous séparent et j'aurais pourtant parié sur une bonne vingtaine, c'est a peine si le vieillard esquisse un regard en ma direction, il semble tout a fait résigné.
Peu a peu c'est l'atmosphère qui devient oppressante. Parce que les vagues de pèlerins sont accoudés a la cafétéria du premier, ils ne peuvent venir renouveler l'air. Sauté de veau en guise de plat du jour, c'est assez indigeste. Le café qui s'y prépare remettra tout le monde sur pied.
En tout et pour tout, 6 personnes ont défilées dans cette salle depuis près de 45 minutes, majoritairement des retraités, bossus, qui tentent en vain d'occuper leurs journées qui ne sont que trop longues. Beaucoup s'attardent sur le vieillard, il leur fait écho, certainement.
2 hommes, plutôt chic d'apparence, n'ayant pris le temps d'ôter leurs gants a moins que cela ne relève de l'esthétisme, sont venus contempler l’œuvre qui se trouve dans mon dos, je remarque qu'ils ont de grandes mains ce qui a un côté tout a fait sécurisant.
Je les ai sentis se rapprocher et lire par dessus mon épaule, puis se retirer par politesse. Je me suis retournée a mon tour, ils levaient tout deux les yeux au ciel, il faut dire que l’œuvre est immense, serviette de cuir sous le bras, étole Gentleman Farmer pour l'un, veste de tweed pour l'autre, chaussures cirées, lacées, de facture anglaise pour les deux, pas de doute. Nos regards se sont croisés l'espace d'une demi seconde, un regard qui sonne comme un clin d’œil «Je te comprends, tu me comprends», puis ils ont franchi le coche.
Je vis pour ces moments qui sont comme des pralines qui fondent en bouche, tendres calissons qui méritent d'être notés, soulignés, entourés. Ils sont capables de changer la couleur d'une journée sans passer par les dégradés.
Le parquet craque et j'aime ça, on peut en saisir des personnalités selon les démarches. Je m'attarde tout a fait devant l’œuvre en face de moi, la plus saisissante du musée a mon humble avis, « La lecture » de Henri Fantin-Latour.
2 femmes d'âge mur, chastement vêtue, couverte jusqu'au menton, de noir. Seul s'échappe les pans d'une chemise, une touche de clarté, la seule du tableau. Bien sur l'une fait la lecture a l'autre, qui la fixe. Une blonde et une brune. Mais probablement sœurs. Je n'ai jamais vu un regard qui en disait si long, on peut y lire le mot « rancune », lèvres très faiblement pincées, mains superposées, doigts noués, tout est dans la nuance d'une attitude. Certainement une histoire d'homme, d'adultère, de coucherie, il faut dire que ça fout bien souvent la merde. Les sentiments.
« La lecture » le titre est sobre et les sous entendus n'en sont que plus nombreux.
La blonde attends que la brune daigne relever la nuque, elle tapera alors violemment du poing sur la table, et lui demandera le pourquoi de quelque chose que nous ne pouvons qu'imaginer, nous autre, observateurs du 21 eme.
Peut être se mettra elle a hurler de rage et son chignon s'en verra défait, elle déboutonnera les 3 premiers boutons de son col, pas un de plus, afin de reprendre un peu d'air. Ouvrira la fenêtre puis se résignera a la fermer puis se rasseoir. Mœurs de l'époque. Ta gueule.
La lecture n'est qu'un prétexte, comme quand on vous souffle «oui» alors que c'est «non».
A droite du tableau, un bouquet de rose, quelques serviettes sagement pliées, des détails somme toute qui engrossent la supercherie alors que ce tableau pue la rage d'une femme.
Par ailleurs le cadre du tableau est nettement plus épais que celui de ces congénères, sans doute veut on contenir la bête qui gronde, éviter le scandale par tout les moyens. Depuis combien de temps cette femme se tait? Comme je la comprends. A la gauche de ce tableau, une madone, la vraie de vrai qui me regarde et m'implore. A sa droite, «Les amants» de Courbet. Blondie est tiraillée par l'appel divin et par celui de son cœur.
Je suis pour ma part incapable de rester impassible, tout déborde, aucune sérénité. Je me reconnais ni dans la blonde ni dans la brune. Ni dans la Madone. Même Hadès dans mon dos, semble me rire au nez. Il est temps de clore ce récit, déjà 2 asiatiques, pouces en l'air s'immortalisent devant le vieillard.
14 février 2012
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